Les espèces animales et végétales dans leur milieu naturel et les animaux ou végéteaux disparus ou en voie d'extinction...

dimanche, juillet 23, 2006

Le couagga


Cela fait bien longtemps que le dernier des couaggas a cessé de trottiner dans les plaines d'Afrique australe. A vrai dire, c'est dans les brumes du Nord que l'ultime représentante de ces étranges zèbres bruns est morte, un 12 août 1883, au zoo d'Amsterdam. De cet équidé rustique il ne reste plus aujourd'hui que 23 peaux naturalisées conservées par des muséums du monde entier. Pourtant, de ces descentes de lit à rayures viendra peut-être la résurrection. Disparu sous les balles des fermiers blancs, qui voyaient en lui une funeste engeance, dévorant gloutonnement leurs pâturages à biquettes et moutons, le couagga pourrait en effet renaître des efforts de Reinhold Rau, un taxidermiste sud-africain du muséum du Cap.
L'animal éteint passionne depuis longtemps un petit carré de scientifiques: alors que certains estiment que le couagga, en tant qu'espèce à part entière, a disparu corps et biens au même titre que le mammouth, le dodo ou le tigre de Tasmanie, d'autres sont persuadés qu'il s'agit d'une sous-espèce du zèbre de plaine. La distinction n'est pas que de pure forme: en mariant des individus choisis pour leur similitude morphologique avec le couagga, on pouvait rêver de faire naître un poulain fort ressemblant.

Au début des années 1970, l'empailleur Rau démonte et restaure le poulain naturalisé du musée d'Histoire naturelle de Johannes- burg. Sur la peau, il découvre des fragments de tissus. Dix ans plus tard, l'analyse ADN des mitochondries contenues dans les cellules, réalisée avec l'aide d'un généticien expert en équidés du zoo de San Diego (Californie), Oliver Ryder, démontre ce que Rau a toujours pressenti: le couagga est une sous-espèce; son patrimoine génétique est donc encore présent, à l'état latent, dilué dans la population des zèbres de plaine. En 1986, Rau lance le Quagga Breeding Project (projet de multiplication des couaggas), sous l'égide du muséum du Cap. Rau sillonne le parc d'Etosha, puis le Kwazulu-Natal, pour sélectionner neuf équidés parmi des milliers de zèbres de Burchell. Caractéristiques retenues: une robe tirant sur le brun, des rayures estompées… Aujourd'hui, le cheptel comporte 83 zèbres, et la quatrième génération tient ses promesses. Au fil des croisements, le couagga l'emporte sur le zèbre. Les scientifiques estiment néanmoins qu'il faudra attendre encore trente ans pour que l'on puisse considérer l'espèce comme tirée d'affaire...